Bande à Baader.(40 ans).

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Bande à Baader.(40 ans).

Message  Mercure le Ven 22 Mai - 14:30

Il y a 40 ans s'ouvrait le procès de la bande à Baader




ARCHIVES - VIDÉO - Le 21 mai 1975, quatre membres de la Fraction armée rouge dite «bande à Baader» comparaissent devant le tribunal de Stuttgart pour répondre des meurtres et attentats qui terrorisent depuis cinq ans la jeune République Fédérale d'Allemagne.
Symbole des «années de plomb», la RAF (Rote Armee Fraktion) est née en 1970 après l'évasion d'Andreas Baader organisée par la journaliste engagée Ulrike Meinhof. Le mouvement qui a théorisé le concept de «guérilla urbaine» dans son manifeste, prône la lutte armée contre l'impérialisme américain et plus largement le capitalisme. D'actions militantes, l'organisation clandestine passe rapidement aux attaques à main armée et aux attentats à la bombe. Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin et Jan Carl Raspe sont arrêtés dès 1972 mais la machine est lancée et s'emballe, les enlèvements et assassinats de juges, avocats ou patrons se multiplient et perdurent après la mort des fondateurs du mouvement en 1977. Ce n'est qu'en 1998, que la RAF prononce sa dissolution.
Lorsque s'ouvre le procès le 21 mai 1975, cela fait donc trois ans que le noyau dur de la bande à Baader est emprisonné suscitant les protestations de certains intellectuels de gauche qui, comme Jean-Paul Sartre venu rencontrer Baader, dénoncent la «torture par isolement» que subissent les accusés. Les prisonniers entament à tour de rôle des grèves de la faim et Ulrike Meinhof se suicide le 9 mai 1976. Après deux ans de procès, le jugement tombre le 28 avril 1977: pour cinq meurtres et cinquante-quatre tentatives de meurtres, les accusés sont condamnés à la détention à vie. Six mois plus tard, après l'échec du détournement d'un Boeing de la Lufthansa par un commando de Palestiniens qui exigent la libération des anarchistes allemands, Baader, Raspe et Ensslin se suicident dans leur prison. Le lendemain, le 19 octobre, le dirigeant du patronat allemand Hanns Martin Schleyer enlevé le 5 septembre par la Fraction armée rouge est executé.
VIDÉO INA - Retro sur la bande à Baader le 16 octobre 1977


article paru dans Le Figaro du 21 mai 1975

Ces anarchistes qui font trembler l'Allemagne

C'est un procès extraordinaire qui commence aujourd'hui à Stuttgart. La personnalité des accusés, celle de leurs avocats, les formidables moyens mis à la disposition des forces de sécurité, la menace toujours possible d'un attentat: tout concourt à faire de ce mercredi 21 mai une journée hors du commun dans la jeune histoire de la République fédérale d'Allemagne.
Quatre accusés: deux hommes et deux femmes. Ils forment le noyau dur de la bande à Baader. Partisans d'un extrémisme total à la Bakounine ou à la Marighella, ils font encore peur, même sous les verrous. Ils ont été arrêtés en juin 1972 à Hanovre, à Hambourg et à Francfort au cours de rafles organisées par le ministre de l'Intérieur de l'époque. Ce sont Andreas Baader lui-même, Ulrike Meinhof, Gudrun Enssling et Jan Carl Raspe.
A 9 heures, ils pénétreront, si tout se passe bien, dans le tribunal, immense bâtiment de béton, véritable forteresse des temps modernes. Construit spécialement pour l'occasion, il est relié à la prison par un souterrain de 100 mètres. Coût des travaux: 12 millions de marks (2 milliards d'anciens francs). Les 4 anarchistes prendront place dans une cage de verre à l'épreuve des balles. Deux micros leur permettront de correspondre avec l'extérieur. Face à eux, les 4 juges et le président de la cour, le Dr Theodor Prinzing, 49 ans, connu pour ses nerfs d'acier et sa longue pratique des procès nazis. A droite et à gauche, les avocats. Au mur le symbole de la justice du Land de Bade Wurtemberg: trois lions noirs sur fond or, flanqués d'un côté d'une lionne ailée et de l'autre d'un cerf bondissant.



La salle d'audience — 610 m2 — pourra accueillir 206 spectateurs dont 81 journalistes. Tout le monde sera contrôlé grâce à une sonde spéciale capable de détecter les objets métalliques et les engins explosifs. Cinq cents policiers et presque autant de bergers allemands veillent déjà sur le tribunal. Des barbelés ont été disposés autour de l'édifice et un filet antibombes en nylon spécial a été tendu au-dessus du toit. Les autorités sont sur les dents... On redoute même une attaque venue du ciel...
Mais qui sont vraiment ces 4 accusés qui font trembler l'opulente Allemagne? A tout seigneur, tout honneur. Le premier d'entre eux, le plus connu en tout cas, est donc Andreas Baader en personne. Né en 1943 à Munich, fils d'un historien réputé, il végète dans le journalisme quand les révoltes étudiantes de 1968, menées par «Rudi le Rouge», éveillent en lui une conscience révolutionnaire jusque-là endormie. Sa rencontre idéologique avec Ulrike Meinhof fera le reste. On ne les appellera plus désormais que les nouveaux «Bonnie and Clyde».



Ulrike Meinhof: elle est le véritable cerveau de la bande. Agée, aujourd'hui de 40 ans, elle avait «tout plaqué» en 1968, son mari et ses deux jumelles, pour se lancer dans l'action violente. Ancienne chroniqueuse vedette du magazine érotico-gauchiste «Konkret», ex-militante du mouvement anti-atomique passée au terrorisme, elle sera aujourd'hui aux côtés de Baader dans la cage de verre du tribunal de Stuttgart.

Mais qui donc a fait quoi?

Les deux autres accusés sont moins connus. Mais les charges qui pèsent contre eux sont tout aussi lourdes.
Gudrun Enssling, 34 ans, est la fille d'un pasteur qui a préféré les sirènes de l'anarchisme absolu aux doux cantiques des fables évangéliques. Elle a longtemps vécu avec un éditeur gauchiste, fils d'un poète nazi, qui s'est suicidé aux barbituriques. Elle a même tourné, en 1967 un film pornographique.
Jan Carl Raspe, enfin, est diplômé en sociologie. Né en 1944 dans le Tyrol autrichien, cet intellectuel à la dialectique redoutable a été arrêté à Francfort en même temps qu'Andreas Baader et Holger Meins. Ce dernier serait aujourd'hui aux côtés de ses compagnons s'il n'était mort dans sa cellule, le 8 novembre dernier, des suites d'une grève de la faim.
Voici les principaux acteurs de la pièce. Une pièce qui risque de se prolonger longtemps. Dans les milieux judiciaires, on parle de six mois au minimum, et d'un an et demi au maximum. Quelle sera l'attitude de Baader et de ses camarades? Souverain mépris, contestation permanente ou refus de comparaître? Une loi autorise en tout cas le président à poursuivre le procès même en leur absence.

L'acte d'accusation est épais.

L'acte d'accusation est épais. Il porte essentiellement sur les multiples attentats à la bombe commis entre le 29 septembre 1970 et le 7 juin 1972. Les quatre membres du noyau dur de la bande à Baader sont ainsi tenus responsables de la mort de cinq personnes, dont un policier de Kaiserslautern et trois soldats américains au quartier général U.S. de Heidelberg. On les accuse aussi d'avoir organisé une série de hold-up à main armée qui leur auraient rapporté au total plus de 500.000 marks (800.000 francs).
Mais si la justice dispose d'indices sérieux, elle ne tient aucune preuve formelle prouvant leur culpabilité. Et c'est là le grand paradoxe du procès, car personne ne peut croire à l'innocence des prévenus. Ulrike Meinhof écrivait d'ailleurs un jour: «les défenseurs de la société capitaliste, surtout les soldats et les policiers, ne sont que des sous-hommes contre lesquels tout est permis.»
Le président du tribunal examinera cinq cents témoins et experts et analysera plus de mille rapports. Son indice le plus sérieux a la taille d'un confetti. C'est un fragment d'une bouteille de gaz liquide utilisée dans l'attentat d'Heidelberg. II a été retrouvé dans la maison de Francfort où Baader a été arrêté. D'autre part, la plupart des actes terroristes commis dans la période considérée ont été revendiqués dans des lettres envoyées à divers journaux. Or, la police a retrouvé dans quelques-unes des «planques» du groupe, les machines à écrire qui ont servi à les taper. Il n'empêche: l'acte d'accusation ne peut jamais préciser «qui à fait quoi?».

Vingt-neuf septembre 1970 - 1er janvier 1972 : vingt mois pendant lesquels les extrémistes ouest-allemands ont laissé derrière eux un sillage de poudre, de terreur et de sang.

Vingt-neuf septembre 1970 - 1er janvier 1972: vingt mois pendant lesquels les extrémistes ouest-allemands ont laissé derrière eux un sillage de poudre, de terreur et de sang. Vingt mois pendant lesquels Baader et Ulrike Meinhof ont jeté les bases d'un mouvement qui, même décapité, vit toujours. L'assassinat du juge Drenkmann le 10 novembre dernier, l'enlèvement de l'avocat Peter Lorenz de Berlin, le 27 février, et l'affaire de Stockholm, le 25 mars, en ont fourni les preuves tragiques.
A la manière des tupamaros d'Amérique latine et des feddayine de «Septembre Noir», les terroristes, qui ont pris le relais de Baader, baptisent chacune de leurs opérations d'un nom ou d'une date symbolique. C'est le Mouvement du 2 juin 1967, intitulé ainsi en souvenir de l'étudiant Beno Ohnesonger, abattu ce jour-là par un policier, qui a revendiqué le rapt de Peter Lorenz. De même, c'est le Commando Holger Meins, du nom de l'anarchiste mort en prison des suites de sa grève de la faim, qui a fait sauter l'ambassade de la R.F.A. en Suède. Mais sous ces deux appellations se cache en réalité une seule et même organisation: la «fraction armée rouge».



Andreas Baader et Ulrike Meinhof l'avaient créé en mai 1970, au retour d'un séjour de trois mois dans les camps d'entraînement palestiniens de Syrie et de Jordanie. Dans le manifeste de la Fraction armée rouge on peut lire:
«En liaison avec les révolutionnaires de tous les pays, et en particulier ceux du Tiers monde, nous devons nous attaquer par la violence aux institutions afin de détruire le système.»
Les quatre accusés de Stuttgart seront assistés par huit défenseurs commis d'office et, théoriquement, une dizaine d'avocats de leur choix. Mais le nombre de ces derniers est sujet à caution, leur rôle dans l'histoire récente de la bande à Baader leur a valu et leur vaut encore de graves démêlés avec la justice et les autorités fédérales.
Me Haag, l'un d'entre eux, a disparu jeudi. Quelques jours auparavant, la police avait fouillé de fond en comble son étude, à la recherche d'un stock d'armes et de documents compromettants. Me Haag est passé, semble-t-il, dans la clandestinité. «J'abandonne le barreau, aurait-il écrit, pour me consacrer entièrement à la lutte contre l'impérialisme».

Mercure


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