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Message  roberto > le Ven 1 Nov - 8:36

L'histoire du jour.... 5010 L'histoire du jour.... 10010


Un jour de pluie

Monsieur Kimouille est de nature un peu lente. Il manque les trains, les autobus, arrive souvent en retard au bureau. 

Parfois, il oublie même de se réveiller.

Ce matin, monsieur Kimouille prend son imperméable et sort vers neuf heures pour une course urgente en ville.

En fait, il devrait déjà être arrivé. 

Mais vous savez ce que c’est, on est toujours retardé par quelque chose.

L’imperméable de monsieur Kimouille est un peu vieux.

Il aurait fallu y passer un produit en aérosol pour qu’il soit efficace.

Mais le pauvre homme a déjà tant à faire et il est si en retard !

« Tiens ! il tombe des gouttes ! » se dit le monsieur en franchissant le pas de sa porte.

Et il clopine dans l’allée de son petit pavillon dont il a oublié de payer le loyer parce qu’il pensait à autre chose. 

La pluie se met à tomber plus drue ; et déjà, ses épaules sont toutes mouillées. 

L’imperméable qui ne l’est plus est tout transpercé.

Ça fait comme un drôle de gargouillis dans ses épaules, et monsieur Kimouille continue son chemin dans la rue, 

parmi les poubelles pas ramassées et les chiens sans collier. Plus il va, plus il mouille, plus ça gargouille.

Dans son dos et sur sa tête d’abord, puis peu à peu, le reste de son corps.

Il se sent les jambes toutes ramollies. 

Il va de plus en plus lentement et il se sent de plus en plus content d’aller lentement et de sentir la pluie sur son dos.

Ce qui surprend ceux qui passent, c’est que monsieur Kimouille s’est transformé en escargot.

Il rampe doucement sur la chaussée. Il n’arrivera jamais à temps pour payer son loyer. 

Mais quelle importance ! Il a désormais sa maison sur son dos.

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Message  roberto > le Sam 2 Nov - 8:27

L'histoire du jour.... 5110 L'histoire du jour.... 10110

Jacques a des papillons plein la tête.

Ils sont noirs et s’envolent à tout bout de champ. 

Il a du mal à distinguer ses idées, Jacques. 

Entre deux battements d’ailes, il sent cogner son cœur.

Ça résonne dans sa tête. 

Leur valse à contretemps lui pique les tempes.

Quand il était petit il les adorait pourtant... 

Ils brillaient de mille reflets et lui chatouillaient l’estomac à l’en faire éternuer. 

Il s’en souvient parfois, quand il passe devant l’école primaire à l’heure où les enfants jouent dans la cour.

Sa couleur préférée à Jacques, c’est le jaune. Comme le soleil. Pas jaune paille ou jaune citron. Non, jaune soleil. 

Mais aujourd’hui, il pleut.

Il n’y a plus rien de jaune chez lui. Ni dans son placard, ni dans ses tiroirs. 

Il aurait bien une chemise beige, mais elle est devenue trop serrée pour son gros ventre.

Ça ne le dérange pas, la pluie. Ses larmes s’écoulent, invisibles, salant à peine l’eau qui arrose sa boîte à papillons.

Il n’a jamais eu de parapluie ou de par-à-larmes de toute façon. À quoi ça servirait ? 

Il pleure tous les jeudis. Entre neuf heures trente et onze heures vingt.

Seulement en marchant. Comme il aime pleurer, il est obligé de marcher. 

Il préfère dehors, mais s’il est enfermé, il trouve toujours un couloir ou une pièce dont faire cent fois le tour. 

Pour tourner en rond, il est fortiche Jacques.

Voilà que ça recommence. Ses oreilles sifflent.

Il ne sait pas quand ses papillons se sont fanés. Tous en même temps ? 

Peut-être... Lui, il croit que le premier a contaminé les autres. 

Il s’en veut Jacques. Il aurait dû y faire plus attention. 

Personne ne l’avait prévenu aussi, pourquoi personne ne nous enseigne ces choses là ? 

Savoir compter ça sert à quoi si on doit le faire dans le noir ?

Il a appris à respirer pour ne pas s’affoler. Avant, il tapait son visage très fort dans son oreiller, jusqu’à s’évanouir,

mais le médecin pense que ce n’est pas bon pour sa santé. 

Qu’est-ce qu’il y connait en papillons le médecin ? 

Au moins, ils arrêtent de lui griffer les yeux quand ils sont assommés.

Jacques vient de prendre une grande décision. Il va les noyer.

Jeudi prochain, il ne pleurera pas. Ni celui d’après. Jusqu’à ce que sa tête soit pleine à exploser.

On verra bien s’ils arrivent encore à bouger. 

Quand ils seront tous morts alors, il avisera. Peut-être qu’il ne sera plus jamais dérangé comme ça.

Ou que de nouveaux tous beaux viendront l’habiter ? 

Il aimerait tellement que l’on lui rende ceux qui faisaient vibrer le sol sous ses bottes en caoutchouc

quand il sautait dans les flaques de boue.

Il a longtemps voulu les colorier. En regardant les étoiles ou en mangeant des fleurs.

Il est même tombé amoureux une fois. Enfin il croit. Il n’est jamais sur de rien, Jacques.

Les étoiles l’ont aspiré et les fleurs l’ont enrhumé. 

Quant à l’amour, il est parti avec la dernière aile pas trop foncée. 

Le plus dur, c’est de savoir que ça a existé et qu’il a beau chercher, il n’arrive plus à les retrouver.

L’aide des autres, il n’en veut pas. À chacun sa croix.

Seulement Jacques sent qu’il n’a plus autant d’énergie qu’avant.

Ce bourdonnement permanent le rend fou. 

Avant, ça lui coupait l’appétit. Il a toujours détesté manger en mauvaise compagnie. 

Ces chauves souris lui ont même retiré le goût des aliments. 

Comme si ôter ses rêves n’avait pas été suffisant.

Mais à quatre vingt sept ans, Jacques est fatigué. 

L’espoir fait vivre, il parait, et il ne lui en reste guère...

Il n’y pense jamais à son âge. C’est bizarre que cette pensée lui traverse l’esprit ce matin. 

Monter les escaliers qui mènent à la tonnelle pour observer les arbres qui toussent en attendant l’hiver. En voilà une idée.

Il aime les peupliers Jacques. Surtout ceux qui ne sont pas taillés.

On dirait qu’ils essayent de s’échapper d’une écorce en terre cuite, ça craquelle sans se briser.

Son souffle devient court. Il attrape la rambarde du parc qui lui tombe sous la main.

Pour la première fois depuis son dernier baiser il sent les papillons s’arrêter comme quand on appuie sur le bouton pause du magnétoscope. 

L’image se fige et grésille. Ils filent. Ils s’envolent à travers l’atmosphère.

Il les voit s’estomper au loin en direction du soleil. Ça scintille.

Ses paupières se ferment, ses genoux touchent terre. Jacques est calme, enfin. 

Il peut lâcher la rambarde. Ses doigts glissent lentement sur le fer forgé.

Il n’a plus envie de pleurer, Jacques.

Les papillons sont dépassés.

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Message  roberto > le Mar 5 Nov - 7:55

L'histoire du jour.... 5210 L'histoire du jour.... 10410

Ma fée

POURQUOI ON A AIMÉ ?

Cette petite fée trouvée au hasard nous a charmés, il faut bien le dire... 

Parce que se dégage de cette histoire une poésie douce.

J’ai capturé une fée !

Ah non... Non, non, non... Ça, c’est la version pour faire le malin auprès de mes copains.

Mais en réalité, j’ai recueilli une fée.

Elle était là, les ailes froissées, les traits tirés sur le rebord de ma fenêtre.

J’ai d’abord cru à un oiseau, un petit passereau qui se serait cogné au carreau et serait tombé étourdi. 

Parce qu’étourdie, ça, elle l’était et puis transie aussi.

En cet hiver qui s’éternise, il ne fait pas un temps à mettre une fée dehors. 

Pourtant, elle était là. Comment ? Pourquoi ? Je ne sais pas.

J’ai chaussé mes lunettes, sans elles je n’y vois pas bien, et j’ai regardé de plus près.

Ce n’était pas une mésange bleue – comme je l’avais d’abord supposé à cause de ce petit chapeau qu’elle avait sur la tête 

et de sa robe jonquille ou mimosa (enfin jaune quoi ! 

Je n’y connais pas grand-chose en couleur de fleur) masquée en partie par son manteau gris souris.

Elle semblait un peu groggy, le froid l’avait un peu bleuie. 

Ses tremblements ne cessaient pas et elle avait la chair de poule – plutôt une chair de poussin fille :

elle était petite –, elle semblait fragile, alors j’ai ouvert la fenêtre.

Je me suis inquiété, j’ai cru qu’elle était morte. Je l’ai prise doucement dans ma main, elle respirait. 

Je me sentais un peu empoté, c’était ma première fée, je ne savais pas trop comment il fallait s’y prendre. 

Je me suis assis dans mon canapé et, pour la réchauffer, j’ai mis ma deuxième main en couvercle,

en écartant un peu les doigts pour qu’elle ait de la lumière et assez d’air, et j’ai attendu. 

J’avais envie d’une cigarette mais... il fallait que je m’occupe de ma fée.

Ma fée... Je crois que c’est en me faisant cette réflexion, à ce simple possessif qui s’est imposé malgré moi,

que je me suis dit que je m’attachais déjà.

Immobile, j’ai attendu. Je suis patient, c’est une de mes forces.

Au bout d’un certain temps, un léger mouvement a chatouillé ma paume, 

j’ai déplié mes doigts et je l’ai surprise en plein bâillement, bouche grand ouverte.

J’ai souri. C’est étrange le son du bâillement d’une fée, comme un pépiement grave. 

Elle m’a regardé et m’a asséné, effrontée : « Oui, je ne mets jamais ma main devant la bouche. 

Je bâille comme ça, bouche grand ouverte, si ça ne te plaît pas, je peux partir ! »

Je crois qu’elle était vexée d’être prise sur le fait. C’est susceptible une fée.

J’ai dit « d’accord » et puis « non, non ».

Je me suis rendu compte que ma réponse n’était pas claire alors j’ai repris :

— Tu peux bâiller comme tu veux.

— Oui ! Je bâille comme je veux ! Fais-moi chauffer un peu de lait mais pas trop chaud 

et mets-le dans une tasse un peu plate. Pfff... J’espère que tu as une tasse un peu plate.

Je me suis dit qu’elle avait du tempérament et qu’elle aurait pu dire « s’il te plaît » 

mais qu’après tout, je ne connaissais pas les conventions en vigueur chez les fées. 

J’ai ouvert le grand bahut et je lui ai montré différents modèles de tasse.

Elle a choisi un ramequin finalement.

J’ai fait chauffer un peu de lait. Elle était déçue que ce soit du demi-écrémé, 

elle m’a demandé de rajouter un peu de crème dedans et un peu de cannelle aussi. 

Je me suis exécuté. Puis j’ai versé le liquide parfumé dans le ramequin.

Elle a plongé la main dedans : « Merci, il est juste chaud comme j’aime ».

Elle a ôté son chapeau, enlevé son manteau mais quand j’ai vu qu’elle s’apprêtait à dégrafer sa robe,

je lui ai chuchoté : « Je te laisse, je vais fumer une cigarette sur le balcon ». 

Elle m’a alors adressé un grand sourire, un de ceux qui chavirent et m’a répondu « OK ».

Quand je suis revenu, le ramequin était inhabité, la robe, le manteau, le chapeau et la fée disparus,

mais un peu de lait sur la paillasse dessinait un « merci » tracé à la pointe du pied.

J’ai recueilli une fée et chaque matin, quand je me prépare un café, je jette un œil au rebord de la fenêtre... 

Je suis patient. C’est une de mes forces.

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Message  roberto > le Mer 6 Nov - 9:01

L'histoire du jour.... 5010

Le jardin des fées 

Il existe quelque part, dans un village tout près d’ici, un jardin extraordinaire connu de seulement quelques privilégiés. 

Ses propriétaires ont le cœur pur et l’âme singulière. 

Les fées (qui existent encore) aiment à y venir quand le jour s’achève.

C’est l’instant où la lumière du soir inonde les près, se fond dans un horizon habillé d’or en fusion et de soie rosée.

Le bleu de la nuit s’attarde un peu

. Entre la lumière mourante et l’obscurité naissante, se dessine « le chemin des fées ».

Elles s’y éveillent doucement. Les imperceptibles vibrances de leurs ailes transparentes font naître une brise d’été, doucement parfumée.

Pour être admis sur « le chemin des fées », il faut savoir s’émerveiller des petits bonheurs de rien.

Voir s’ouvrir les roses, entendre les vagues des blés mûrs chanter sous le vent, connaître le gazouillis de la source au fond des bois,

sentir sur sa joue le frôlement du papillon, et surtout, avoir gardé son « âme d’enfant ». 

Peu ont cette chance ! Les humains de ce jardin ont cette grâce, et la partagent, dans la douceur des soirs d’été.

Dans ce jardin, il y a une maison. Chaleureuse, simple. 

Quand s’allume « le chemin des fées » portes et fenêtres s’ouvrent pour laisser jaillir une tribu de chats, de tous âges et de tous poils. 

Ils s’étirent, se toilettent soigneusement, baillent à qui peut le plus, dévoilent palais rose et dents aiguës.

Puis, pelage lisse et brillant, ils sortent vivre, silencieux et discrets, leur nuit féline.

Ils sont nombreux, et ont en commun un passé parfois difficile, qui ouvre au respect et à la tolérance. 

Les maîtres du logis sont accueillants. Toute vie trouve refuge si elle en fait la demande. 

Quelques récalcitrants ont parfois besoin de se faire un peu « forcer la patte » ! Mais la tendresse est toute puissante... 

Les deux chiens furètent à « truffe que veux-tu » et font, quand cela est nécessaire,

leur travail de gardien, mais avec une motivation... qui manque un peu de motivation !

Visiter le jardin est un voyage ! Senteurs suaves, camaïeux de couleurs brusquement interrompus

par des bouquets de fleurs ensauvagées, gourmandises de hasard... tout appelle au rêve... Le passé vit au présent.

Les fées saupoudrent le sol de la poussière du souvenir. Il en faut peu.

Quelques grains accrochés aux semelles de vos souliers, et soudain, au piquant d’un framboisier, l’esprit s’évade. 

Dans un élan imprévisible, les mondes de l’enfance dansent dans les regards, franchissent les lèvres en mots incertains, 

et tout soudain, coulent les rivières enchanteresses aux tourbillons des souvenirs.

Tout un petit monde, d’ordinaire fort guerrier, vit en paix dans une liberté totale. 

Les deux chiens ne chassent pas les chats, les chats côtoient fraternellement les poules, et les poules retiennent leurs becs, 

s’il arrive que chiens ou chats s’approchent de trop près. Il y a bien quelquefois de petits incidents... 

Les territoires peuvent avoir, en fonction des populations, des limites fluctuantes, et leurs habitants des doses de patience très variables.

L’intérêt devient alors de la curiosité, et la curiosité, comme chacun sait, est un vilain défaut chez la gent animale... 

comme chez les êtres humains. Trop de curiosité peut parfois aboutir à des conséquences... étonnantes !

Les fées ont à l’égard du jardin qui les abrite, quelques menus devoirs : trouver le mélange des parfums 

qui fait tourner la tête des amoureux, ourler, d’une main légère, les pétales de roses, donner aux perles de la rosée du matin l’éclat du diamant. 

Elles savent, mieux que personne, « faire neiger le pommier », emperler la toile de l’araignée au brouillard de l’automne,

faire chanter la terre sous la soc de la charrue. Elles sont discrètes, et savent laisser à l’homme l’illusion « qu’il sait tout ».

Dans l’heure qui s’avance, « le chemin des fées » s’ouvre à la nuit. 

C’est l’instant troublant où les rêves des hommes se préparent à chevaucher l’univers, 

pour y inscrire des mondes improbables, assouvissent désirs et délires.

Au chant des souvenirs, s’inscrivent des ombres légères. La trace de leurs pas, qui ne s’efface jamais,

n’est pourtant visible qu’au cœur de ceux qui les ont tendrement aimés, quand le privilège précieux de la vie leur était encore accordé.

Elles ne s’éloignent pas. Leur mission est amour et protection.

Dans l'ombre installée, les papillons de nuit s’en donnent « à vol joie ». 

Leur seul souci est d’éviter la patte vive des chatons. 

Il faut bien que jeunesse se passe. Les rossignols enroulent leurs trilles aux notes de musique, 

et accompagnent le piano qui offre, par la fenêtre ouverte, le mélodie du bonheur.

Bercées par le vent, les fées s’endorment dans les roses.

La nuit s’est installée si doucement que personne ne l’a vue venir. Demain est un autre jour.

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Message  roberto > le Jeu 7 Nov - 9:27

L'histoire du jour.... 5110

Sur ses ailes 

Une pomme.

Un bateau.

Un oiseau.

Des dizaines d’objets et d’animaux divers paradent inlassablement sous les yeux de la jeune fille allongée sur l’herbe de la prairie.

Des dizaines de nuages sur lesquels elle aime mettre un mot, une fonction, un sentiment. 

Elle se sent détendue, les mains croisées sous sa longue chevelure brune.

Le défilé des nuages blancs se reflète dans ses yeux verts. Elle passerait des heures ainsi, sans se soucier du temps qui passe. 

Chaque jour, elle emprunte le chemin de terre menant tout en haut de la colline faisant face à la demeure familiale.

Elle s’y installe pour guetter le rêve qu’elle ne peut atteindre. 

Ce rêve qui, quoi qu’il arrive, continue de la faire sourire même après tant d’années. 

Un rêve qui ne se réalisera sans doute jamais.

Elle attend désespérément de le voir apparaître, de croiser son regard si profond qu’elle n’a jamais oublié.

Ses ailes déployées avaient fait naître chez Susan un sentiment d’envie.

Elle aurait donné n’importe quoi pour pouvoir voler à sa rencontre dans ce ciel immaculé de juillet.

L’aigle s’était approché d’eux alors qu’ils pique-niquaient et s’était posé sur un arbre, à quelques mètres de la jeune fille. 

Il avait alors tourné vers elle sa tête majestueuse et elle s’était perdue dans un océan de pénombre. 

Elle aurait voulu ne jamais rompre ce regard hypnotisant, mais le volatile avait fini par quitter son perchoir et disparaître à l’horizon. 

Depuis, cette image la hante à chaque instant. Ses rêves sont peuplés d’ailes et de becs jaunes. 

Elle aimerait tellement le rejoindre, voler à ses côtés vers des contrées lointaines.

Elle a vu passer des centaines d’aigles depuis maintenant quatre ans, mais aucun ne lui ressemblait. 

Elle est persuadée qu’il reviendra un jour.

Elle sait qu’il retrouvera le chemin qui l’a amené sur cette colline la première fois, 

il y a si longtemps. Personne ne comprend son obsession pour le rapace, mais elle continue d’espérer.

Il faut simplement être patient, et Susan est très patiente. 

C’est alors qu’elle le voit. 

Il se faufile entre deux nuages en forme de fruits et amorce un virage qui laisse entrapercevoir l’envergure de ses ailes.

C’est lui, elle en est certaine ! 

Susan est fébrile, elle sait qu’il vient pour elle. Sinon, pourquoi descendrait-il si rapidement dans sa direction ?

Avant de toucher le sol, l’aigle majestueux se redresse subitement et pose ses griffes au milieu d’un parterre de jonquilles. 

Il est immense. Sa tête est à la même hauteur que celle de la jeune fille et 

elle peut pour la deuxième fois de sa vie se fondre dans l’infini de ses yeux. 

Lentement, l’aigle tend une aile dans sa direction. Avec une pointe de surprise, elle s’y accroche et s’installe sur son dos. 

Elle doit rêver, comment peut-il en être autrement ? Mais si tel est le cas, pourquoi ne pas en profiter pour se laisser aller ? 

Après tout, rien ne l’empêche d’imaginer qu’elle est réellement assise sur le dos d’un aigle dont elle a attendu la venue durant tant d’années.

Lorsqu’il décolle, elle sent son cœur la quitter pour rester sur la prairie.

Des palpitations secouent son corps tout entier lorsqu’elle se rend compte de ce qui est en train de se produire.

Elle étend délicatement ses bras sur les ailes du rapace et pose sa tête dans son cou. 

Susan se délecte du vent qui fait voler ses cheveux et de la vie terrestre qui s’éloigne rapidement sous ses pieds. 

Elle traverse avec aisance la couche de nuage qu’elle se plaisait tant à admirer et pénètre dans un monde féérique. 

Ici, tout est différent : les sons, les couleurs et même les oiseaux. 

Tout est plus lumineux, plus vivant.

Les rapaces et les cigognes qu’ils croisent semblent leur faire signe,

volant à leurs côtés comme pour escorter cette visiteuse incongrue. 

Susan ferme les yeux quelques instants et tente d’imprimer chaque sensation dans son esprit. 

Elle se sent libre.

Libre et plus heureuse qu’elle ne l’a jamais été.

Le vol dure longtemps. Mais pas assez. 

Bientôt, les maisons se font plus distinctes et elle peut de nouveau apercevoir les couleurs des fleurs sur la colline. 

L’aigle atterrit avec grâce et tend son aile afin de laisser Susan glisser sur l’herbe.

Puis, il lui jette un dernier regard dénué de sentiments et s’envole à travers l’océan bleuté de sa propre demeure.

Susan comprend à ce moment-là qu’elle ne le reverra plus jamais. 

Mais qu’importe. Elle vient de vivre le plus beau moment de sa vie.

« Susan, réveille-toi ma chérie, le diner est prêt. »

Susan ouvre les yeux et aperçoit l’ombre de sa mère penchée sur elle, se détachant devant le soleil étincelant.

Ce n’était qu’un rêve. Le rapace n’est jamais revenu la voir. Mais la jeune fille n’est pas triste, au contraire.

A vrai dire, elle s’en doutait un peu. Et même si elle n’a pas réellement vécu ce voyage féérique,

elle en a tous les souvenirs gravés à jamais dans sa mémoire, et cela lui suffit.

Avec l’aide de sa mère, elle se hisse sur la chaise roulante posée à ses côtés et se laisse guider vers sa maison. 

Elle ne marchera sans doute plus jamais, mais maintenant, grâce à ce merveilleux rêve,

elle sait qu’elle possède au moins la faculté de voler.

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Message  roberto > le Ven 8 Nov - 18:48

L'histoire du jour.... 5210

Skyforger (inspiré la chanson du groupe Amorphis)

Moska


Pour qui se prennent-ils ? 

Pour qui osent-ils se prendre ? 

Que sont-ils pour penser qu’ils sont les maîtres de ce domaine ?

Ils ont oublié. Depuis tant d’années, ils m’ont oublié. 

Mais ceci est mon domaine.

Je les ai vus rampants, se redressant, vivant dans la crainte des autres créatures, essayant de survivre sur mon domaine. 

Un arbre, une grotte, une clairière traversée d’un ruisseau d’eau fraîche ; autant de lieux où ils vécurent, 

résistèrent à un destin pourtant incontournable.

En ces temps reculés de leur piètre existence ils ont frôlé l’extinction. 

C’est Moi qui les ai sauvés. 

C’est en ces temps-là qu’ils ont commencé, afin d’essayer de comprendre leur but sur mon domaine, à inventer des histoires. 

Ils se mirent à observer les cieux, à écouter les murmures du vent, à comprendre les bêtes, à réfléchir

à la place que tout cela occupait dans cette entièreté. Ils étaient sages en ces temps-là. 

C’est Moi qui les ai sauvés. Je les ai placés à l’endroit parfait.

Ce lieu où tout ce qui leur était vital était à leur portée. Ils ont compris et ces histoires parlaient de Moi et en ces temps, 

ils vécurent, ils grandirent, évoluèrent et avec tout ça leur vint une assurance surnaturelle.

Ils eurent confiance en eux, plus que de raison, et oublièrent leur place.

J’ai alors inventé les déserts arides, inhabités, inhospitaliers, d’une chaleur torride. 

J’ai alors créé les tempêtes de mon souffle, pour leur éteindre cette prétention qu’ils avaient sur ma création. 

Je leur ai pourtant tout donné. C’est Moi qui ai créé cette vie qu’ils chérissent tant.

J’ai créé cette prouesse de monde. On m’a fait pour créer ce miracle de vie. 

Mais ils continuèrent à se prendre pour ce qu’ils n’étaient pas. Ils se mirent à se prendre pour Moi, créant, inventant, façonnant tant de choses... 

Ils étaient si ingénieux qu’ils commencèrent à me défier, à créer des moyens d’essayer de fuir ce destin funeste qui est le leur.

Ils ne comprennent rien. Ils ont oublié mes conseils, ma vision. Ce souvenir n’est plus.

Mais pourtant, rien n’est plus clair, rien n’est plus visible que ma volonté. 

J’aurais pu les créer invincibles, insoumis à la peur ou à la douleur. Mais ils n’auraient jamais évolué.

Ils seraient restés à leur état initial, de vaines créatures parmi les autres, errantes de par le monde.

Je les aimais, et de là partit le chaos.

En voulant toujours les faire se dépasser, toujours se battre, les plaçant sans cesse dans l’adversité, ils ont évolué.

Et j’étais heureux. Ils étaient à mon image. Ils créaient pour leur plaisir, ou leur besoin. 

Parfois, j’en vins à me dire qu’ils étaient comme Moi. Et les siècles passèrent, la vie continua, et leur faim se fit de plus en plus grande.

Et leur soif de savoirs, de pouvoirs, de liberté, de vivre en devint insolente. Je suis à ma place, je fais ce que je dois faire. 

Ils ont tout oublié de Moi et le combat commença.

Ils ne comprennent plus ! Ils ne se rappellent plus ! Mais Je suis celui qui va tout rétablir ! Ils m’ont défié ! 

Alors je crée tous les jours de nouveaux maux, maladies du corps, maladies de l’âme, de leurs âmes corrompues. 

Je vais leur montrer qu’ils auraient dû continuer à me craindre ! De suivre leur voie, en restant à leur place ! 

J’ai créé les sinistres ! J’ai inventé les ouragans et les tornades ! La terre tremble de ma fureur de voir mes créatures favorites, 

mes amis de longue date, mes fils me trahir de la sorte ! Ils ont oublié que j’ai créé la mort !

Ce destin qu’ils cherchent à fuir mais qui rend chacun de leurs instants de vie si puissants et si précieux ! 

J’ai créé la beauté ! Et quelle est plus belle beauté que celle qui est éphémère ? Les fous ! Comment ont-ils pu oublier ? 

Je vois à travers les montagnes, je vois à travers les cœurs ! Ceci est mon domaine ! Le mien ! J

’ai forgé les horizons ! J’ai forgé tous ces lieux ! J’ai créé le grand arc céleste !

Je suis tout, je suis le néant, je suis... Le forgeron des cieux.

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Message  roberto > le Sam 9 Nov - 14:23

L'histoire du jour.... 5511

Le vagabond des mondes

S’il fait le moindre bruit sa vie se brisera comme du cristal. 

Shassân attend, tapi dans les hautes herbes avec l’immobilité d’une roche. 

Son souffle est lent et ample, sa respiration consciente est la meilleure arme pour affronter l’attente. 

Elle ne devrait plus tarder cependant ! C’est l’heure pour elle de s’abreuver d’étoiles. 

Shassân sait qu’il aura beaucoup de mal à viser. Son corps est engourdi. 

Ses doigts sont contractés par le gel. Une profonde mélancolie imprègne son Cœur.

Il songe à tous ses voyages, à toutes ses errances qui lui ont valu le surnom de Vagabond des Mondes. 

Ses pensées essayent de l’entraîner ailleurs, loin d’ici, loin du roucoulement enchanteur de la Source. 

L’eau vivante s’écoule rêveuse au cœur de la forêt. Il lui paraît tellement inconcevable de rompre cette harmonie, 

de décocher une flèche dans ce majestueux bosquet. Hélas sa survie même en dépend. 

A-t-il déjà utilisé un de ces projectiles sacrés pour assassiner ? Non !

Shassân s’est toujours battu avec honneur. Il affronte ses ennemis en face et respecte le code de la Tri-Spirale. 

Mais cette fois-ci il n’a pas le choix ! Sans l’effet de surprise et un tir parfait, l’ennemi le terrasserait immédiatement.

Il ferme les yeux un instant, cherche à faire le vide pour rétablir cette concentration sans faille, acquise au gré des batailles. 

Le vent souffle dans les branchages un hymne divin. 

Il respire les senteurs de cette terre fraîche et humide, gorgée de vie et de soleil, après une longue journée d’un printemps radieux. 

Il puise dans la force de cette nature amicale, l’énergie dont il aura besoin pour combattre. 

Il n’a presque rien entendu, c’est comme si elle galopait au-dessus du sol, sur un chemin céleste invisible. 

Elle a jailli dans la clairière toute embrasée des feux du crépuscule. Elle a flairé l’air avec cet air noble et unique qui caractérise sa race.

Elle s’est glissée près de l’eau aussi légère qu’un fantôme. 

Elle se contemple dans le miroir onirique de la source des rêves. Shassân sent tous ses muscles se tendre. 

Il doit contenir sa peur et dompter ses pensées car ce n’est pas encore le moment. Elle doit boire d’abord ! 

Elle doit se pencher, hennir doucement et tremper sa corne unique dans les flots irisés.

Elle est si blanche, si pure, il souffre pour elle. Il souffre à l’idée de la voir périr.

Il n’a aucun droit à l’échec. De toute façon, il n’y survivrait pas. Pourtant l’idée de mourir lui apparaît de plus en plus attirante. 

Une Promesse de Paix, le serment de retrouver la plénitude ressentie lors des grandes cérémonies druidiques.

Oui, l’or de la fraternité, l’or intérieur... Il voudrait être loin d’ici avec ses pairs, célébrer les feux de Beltaine, 

boire assez pour être grisé et danser sous le gui avec les magiciennes de la troupe.

Au lieu de l’ivresse sacrée, il se doit de garder sa froide concentration, sa maîtrise du corps infaillible.

La Licorne contemple le ciel prendre ses couleurs mystiques. Ce violet intense et ses dégradés subtils sont l’œuvre des dieux.

Elle n’a pas décelé la présence de l’intrus. Heureusement qu’elle ne peut pas percevoir la tempête dans son esprit, 

ni ressentir la tourmente émotionnel qui gronde en son âme. 
Shassân serre les dents tandis que la déesse blanche se mire dans les eaux pourpres du crépuscule. 

Elle attend que les étoiles se reflètent dans le calme miroir de la source. 

C’est à ce moment-là qu’elle boira le nectar nocturne et que sa corne sacrée reprendra tout son pouvoir magique. 

Ce pouvoir que tous les mages et les démons convoitent. C’est à ce moment qu’il lâchera son unique flèche. 

Il n’a pas prévu de deuxième essai.

La nuit tisse son manteau d’ombre entre les arbres immenses. 

Les titans d’écorce, millénaires, veillent sur les secrets de la forêt sacrée. Shassân déglutit.

La première étoile se lève au-dessus des cimes. La Licorne lentement se penche. 

La corde de l’arc se tend et vibre légèrement. Elle a frémi. A-t-elle entendu la mort s’approcher ? Non !

Elle boit les étoiles, les astres tourbillonnent dans sa bouche, le fluide fait luire sa corne d’un halo flamboyant. 

Soudain des petites pousses vertes jaillissent sur l’ivoire. 

Shassân, implacable, décoche sa flèche. La pointe magique, effilée, s’enfonce dans la chair obscure du monstre. 

Le démon hideux qui voulait dérober la corne céleste de la Licorne a été frappé de plein fouet dans le front. Maintenant, blessé à mort, 

il rugit et lacère le vide de ses griffes. 
La Déesse Blanche ne lui laisse pas le temps de se reprendre. Elle transperce sa poitrine d’un coup de corne foudroyant. 

Il hurle encore une fois avant que son corps se disperse, se dissipe en brume noire tel un mauvais rêve. 

Shassân s’est levé. Il se tient droit, digne. Il sait le châtiment réservé aux druides s’étant approché de la Source des rêves sans autorisation.

La Déesse Blanche lui accorde un dernier regard tendre. Elle n’a pas besoin de le punir.

En rompant ses vœux de druide, en assassinant un être surnaturel, 

fut-il un démon, Shassân s’est lui-même condamné à quitter son ordre et ses amis. 

Comment savait-il que le démon frapperait ce soir ? Pendant la première pleine lune de mai ? 

La Licorne ne le saurait jamais. Mais en le voyant partir la tête basse, elle savait qu’un long voyage solitaire l’attendait, 

un périple initiatique qui conduirait Shassân à une liberté qu’il n’avait encore jamais entrevue..

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Message  roberto > le Dim 10 Nov - 17:24

L'histoire du jour.... 10010


Un don particulier 

Christine avait un don. Elle en avait pris conscience dès sa petite enfance. 

Elle avait la faculté, en se concentrant avec beaucoup d’intensité, de créer mille choses dont elle avait envie ou besoin.

Ce don particulier, elle n’en avait jamais parlé à personne, ni à sa mère, ni à son père, ni à sa famille, ni à ses amis.

C’est en désirant très fortement un bonbon à l’âge de cinq ans qu’elle avait eu la surprise de voir, devant ses yeux, 

se former une confiserie telle qu’elle l’avait imaginée dans son esprit.

Ensuite, elle en avait fait de même pour une pâtisserie, puis une poupée,

puis plein d’autres choses encore, toujours en cachette de ses parents.

C’était une petite fille calme, discrète, qui lisait beaucoup, sortait peu, 

et étant fille unique était souvent seule, solitaire et sans amie. 

Cela lui permit de se créer un monde, son univers à elle, à son image, en silence dans son coin,

sans que personne ne découvre son secret.

Puis, les années passant, elle perdit ses parents l’un après l’autre et décida de changer de vie en allant s’installer dans 

le Midi de la France pour vivre sa vie loin de Paris, au soleil, là où personne ne la connaîtrait.

Pas de mari, pas d’enfant et sans véritable ami, elle était libre et sans contrainte aucune arrivée à l’âge de quarante ans.

C’est ainsi que Christine débarqua dans un joli petit village, dans l’arrière pays de la Côte d’Azur, 

après avoir vendu l’appartement parisien de ses parents. 

Elle s’y installa rapidement, avec très peu de meubles, juste le nécessaire vital, et une petite voiture.

Elle avait posé son choix sur une grande maison à retaper, loin du village, dans les hauteurs,

et entourée d’un grand mur pour être bien tranquille.

Les villageois, intrigués par cette nouvelle venue, ne la rencontraient que le jour du marché, le mercredi, 

où elle descendait avec sa petite Clio bleu ciel, habillée très simplement, 

pour acheter quelques fruits et légumes, un peu de fromage et une boîte de six œufs frais.

Sa seule folie était d’aller acheter régulièrement chez l’épicier du village des revues de décoration, 

de mode et de cuisine en prenant son beurre, son huile et son pain.

Bien sûr, elle échangeait quelques banalités avec les commerçants et les habitants, toujours souriante et agréable,

mais jamais elle n’avait invité qui que ce soit dans sa maison, et jamais personne ne l’avait invitée non plus. 

Bref, personne ne la connaissait vraiment, même si « la parisienne » faisait parler d’elle dans toutes les maisons du petit bourg. 

Certains la prenaient pour une folle, d’autres pour une femme réservée, et d’autres pour une philosophe.

Des tas d’histoires circulaient dans le village, à son sujet, plus fantasques les unes que les autres. 

Mais Christine n’en n’avait que faire, et malgré son isolement, elle ne s’ennuyait pas, au contraire. 

Elle travaillait beaucoup toute la journée et même parfois la nuit. Elle feuilletait ses magazines de décoration 

et se concentrait sur des objets, des ameublements ou des idées qui lui plaisaient. 

C’est ainsi qu’elle avait des tableaux de grands maîtres sur ses murs, une garde-robe de grands couturiers dans ses placards 

et des menus de grands chefs à tous ses repas. Elle avait ainsi décoré toute sa maison avec goût et dans le plus grand luxe, 

tel qu’on peut voir dans les meilleures revues d’architectures intérieures.

A force d’exercer son don, elle était devenue très douée et avait même réussi à se créer deux animaux de compagnie :

un chien et un chat, pour la distraire, qu’elle avait, eux aussi, choisis sur catalogue. 

Ils étaient très mignons, dociles et câlins, et surtout, ce qui était pratique, 

c’est qu’elle n’avait pas besoin de les nourrir ni de les promener.

Christine vécut ainsi plusieurs dizaines d’années, recluse dans sa grande maison, 

en harmonie avec elle-même et bien cachée des regards indiscrets, sans que personne ne découvre son secret.

Et puis un jour, l’épicier ne voyant plus Christine venir à sa boutique depuis plus de deux semaines, 

demanda au facteur d’aller voir sur la colline pour aller s’enquérir de sa santé.

Le brave homme passa trois jours de suite, sonna et tambourina à la porte, mais aucune réponse ne lui parvint.

Il en informa le commerçant, qui lui-même en informa aussitôt le maire du village.

L’homme, en tant qu’agent de l’Etat, compris bien vite qu’il se passait quelque chose de grave 

et demanda aux pompiers d’aller y voir de plus près.

Quand les pompiers défoncèrent la porte pour entrer dans la maison,

ils trouvèrent rapidement Christine dans son lit, allongée et morte depuis plusieurs jours.

Ils furent étonnés de trouver la maison telle qu’elle était des années auparavant et même en pire état de délabrement. 

Aucun travaux ni aucune décoration n’avait été faits, et seuls quelques meubles indispensables pour vivre étaient posés çà et là 

parmi les nombreuses pièces de cette grande bâtisse. Christine avait vécu pendant toutes ces années dans un dénuement presque total,

comme une ermite. Une seule chose surpris cependant les pompiers : dans une pièce, bien classée par années et par rubriques, 

était impeccablement rangée une importante collection de revues de décoration, de mode et de cuisine.

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Message  roberto > le Lun 11 Nov - 13:32

L'histoire du jour.... 342



Larmes de mère !

Un petit garçon demande à sa mère 
"Pourquoi pleures-tu ?" 
"Parce que je suis une femme" 
lui répond-elle.
"Je ne comprends pas" dit-il.
Sa mère l'étreint et lui dit 
"Et jamais tu ne réussiras". 
Plus tard le petit garçon demanda à son père 
"Pourquoi maman pleure-t-elle sans raison ?"
"Toutes les femmes pleurent sans raison" 
fut tout ce que son père put lui dire.
Le petit garçon grandit et devint un homme, 
toujours se demandant 
pourquoi les femmes pleurent aussi facilement. 
Finalement il appela Dieu; 
quand Dieu répondit au téléphone, il demanda 
"Seigneur, pourquoi les femmes pleurent aussi facilement ?"
Dieu répondit 
"Quand j'ai fait la femme, elle devait être spéciale. 
J'ai fait ses épaules assez fortes 
pour porter le poids du monde; 
mais quand même assez douces pour être confortables". 
"Je lui ai donné une force 
intérieure pour endurer les naissances
et le rejet qui vient souvent des enfants."
"Je lui ai donné la force pour lui permettre de continuer 
quand tout le monde abandonne 
et prendre soin de sa famille 
en dépit de la maladie et de la fatigue, sans se plaindre."
"Je lui ai donné la sensibilité pour aimer ses enfants 
dans n'importe quelle circonstance 
quand ces derniers l'ont blessée très durement". 
"Je lui ai donné la force de supporter son mari dans ses défauts 
et je l'ai fait d'une de ses côtes pour protéger son coeur".
"Je lui ai donné la sagesse de savoir 
qu'un bon époux ne blesse jamais sa femme,
mais quelques fois teste sa force 
et sa détermination de demeurer à ses côtés sans faiblir."
"Et finalement je lui ai donné une larme à verser. 
Cela est exclusivement à son usage personnel 
quand elle le juge bon."
"Tu vois : 
La beauté d'une femme n'est pas dans les vêtements qu'elle porte, 
ni dans le visage qu'elle montre 
ou dans la façon de se peigner les cheveux."
"La beauté d'une femme doit être dans ses yeux, 
parce que c'est la porte d'entrée de son coeur 
- la place où l'amour réside."
Toutes les Femmes sont Belles.
Auteur inconnu






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Message  roberto > le Mar 12 Nov - 8:17

L'histoire du jour.... 441



Bonhomme sept heures



Selon une légende québécoise, le bonhomme sept heures enlève les enfants qui ne sont pas au lit à sept heures du soir. Il se cache sous le perron de la maison et, entrant masqué dans la maison, il met les enfants dans une grande poche avant de s'enfuir avec eux.

Mais d'où vient cette expression "bonhomme sept heures"?
L'expression "bonhomme sept heures" serait en fait une déformation  de l'expression anglaise "bone setter". Un "bone setter" est en fait un "ramancheur", une personne qui replace les articulations démises ou qui fait des manipulations pour guérir les maux de dos par exemple.
Lorsque dans une famille on faisait venir le "bone setter", souvent la personne traitée gémissait, grinçait des dents ou criait de douleur ce qui faisait très peur aux enfants présents. Plus tard lorsque ceux-ci ne voulaient pas obéir, on les menaçait du "bone setter". Au Québec francophone, le "bone setter" est devenu le "bonhomme sept heures".
Cette expression n'a plus cours aujourd'hui au Québec. Il en faut bien plus pour faire peur aux enfants de la génération Nintendo.
Auteur(e) inconnu(e)


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Message  roberto > le Mer 13 Nov - 14:38

L'histoire du jour.... 533



Le chèque en blanc !

Pierre, coach et thérapeute, a pour ami - et client - 
Serge, un jeune cadre dynamique qui se plaint sans arrêt du manque d'argent.
Il n'a pas assez de succès auprès des femmes? 
C'est parce qu'il ne peut pas les épater et les couvrir de cadeaux. 
Il lui arrive d'être déprimé? C'est parce que sa banque le relance pour un découvert.
 Il veut se mettre à son compte mais n'y arrive pas? 
c'est parce qu'il n'a pas le capital de départ.
"Ah, si j'étais né riche... Si je gagnais au loto!"
Pierre n'arrive pas à faire sortir cette idée obsédante de la tête de Serge.
Un jour, lui vient une idée:
Il lui dit :
"Aujourd'hui, je vais te faire un chèque en blanc: 
prend ce qu'il te faut pour être heureux et pour pouvoir faire ce qui te tient à coeur"
...et il sort son carnet de chèque, en signe un et le lui donne. 
Serge, un peu abasourdi, prend le chèque et s'en va...
5-6 jours passent et Pierre surveille son compte...
 un peu anxieux tout de même du débit qu'il va peut-être constater. 
Il se demande surtout s'il n'a pas fâché Serge.
Mais rien... pas de nouvelles, ni de Serge ni du chèque .
Pourtant, 2 semaines après, Serge revient et lui dit:
"Voilà, j'ai pris... un euro! J'ai mis des jours à réfléchir au montant 
qui me rendrait heureux. 
Et, brusquement, j'ai réalisé que je mettais sur le dos de l'argent bien des choses 
qui n'ont rien à voir:
- Mon manque d'audace
- Mon esprit pessimiste
- Mon manque de créativité
- etc.
J'ai mis cet euro dans un cadre, et je veux m'en souvenir comme 
le déclencheur d'une nouvelle vie. Je vais changer tout cela en moi, 
et l'argent viendra de lui-même, j'en suis certain."
La confiance que Pierre avait mis en Serge était plus grande que celle 
qu'avait Serge en lui-même. Stupéfait de constater cela, 
Serge commença graduellement, avec l'aide de Pierre, à changer des choses en lui.
Aujourd'hui, il ne parle plus jamais d'argent.

L'argent n'est qu'une monnaie d'échange.
 C'est une conséquence et non une cause.
A chaque fois que je me rends chez Serge, je regarde la pièce de monnaie, 
et je pense à mon propre rapport avec l'argent: 
est-ce que je possède de l'argent ou est-ce que c'est l'argent qui me possède?
Si on apporte peu aux autres, on reçoit peu. 
Si on apporte beaucoup, on retire beaucoup. 
Cela peut être sous forme d'argent, d'amour, de reconnaissance, selon nos choix.
Et pour apporter beaucoup aux autres, il faut tout d'abord s'enrichir intérieurement.

Auteur inconnu






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Message  roberto > le Jeu 14 Nov - 8:31

L'histoire du jour.... 147

Le cordon !
Un professeur avait l'habitude, en fin d'études, de donner à ses étudiants un cordon  violet sur lequel on pouvait lire "Qui je suis fait toute la différence"  imprimé en lettres dorées.
Il disait à chaque étudiant à cette occasion pourquoi il  l'appréciait et pourquoi le cours était différent grâce à lui.
Un jour, il a l'idée d'étudier l'effet de ce processus sur la  communauté, et envoie ses étudiants remettre des cordons à ceux  qu'ils connaissent et qui "font la différence".
Il leur donne 3 cordons en leur demandant ceci :
"Remettez un cordon violet à la personne de votre choix en lui  disant pourquoi elle fait la différence pour vous, et donnez-lui deux autres cordons pour qu'elle en remette un elle-même et ainsi  de suite. Faites-moi ensuite un compte-rendu des résultats."
L'un des étudiant s'en va, et va le remettre à son patron (car il travaillait à mi-temps) un gars assez grincheux, mais qu'il appréciait.
"Je vous admire beaucoup pour tout ce que vous faites, pour moi vous êtes un véritable génie créatif et un homme juste. Accepteriez-vous que j'accroche ce cordon violet à votre veste en témoignage de ma reconnaissance ?"
Le patron est surpris, mais répond  "Eh bien, euh, oui, bien  sûr..."
Le garçon continue "Et accepteriez-vous de prendre deux autres cordons violets pour les remettre à quelqu'un qui fait toute la  différence pour vous, comme je viens de le faire ? C'est pour une enquête que nous menons à  l'université."
"D'accord"
Et voilà notre homme qui rentre chez lui le soir, son cordon  à la veste. Il dit bonsoir à son fils de 14 ans, et lui raconte :  "Il m'est arrivé un truc étonnant aujourd'hui. Un de mes employés m'a donné un cordon violet sur lequel il est écrit, tu peux le voir, "Qui je suis fait toute la différence". Il m'en a donné un autre  à remettre à quelqu'un qui compte beaucoup pour moi.
La journée a été dure, mais en revenant je me suis dit qu'il y a  une personne, un seule, à qui j'aie envie de le remettre.
Tu vois, je t'engueule souvent parce que tu ne travailles pas  assez, que tu ne penses qu'à sortir avec tes copains et que ta chambre est un parfait foutoir... mais ce soir je voulais te dire que tu es très important pour moi. Tu fais, avec ta mère, toute la différence dans ma vie et j'aimerais que tu acceptes ce cordon  violet en témoignage de mon amour. Je ne te le dis pas assez, mais  tu es un garçon formidable !"
Il avait à peine fini que son fils se met à pleurer, pleurer,  son corps tout entier secoué de sanglots.
Son père le prend dans ses bras et lui dit "Ca va, ça va...  est-ce que j'ai dit quelque chose qui t'a blessé ?" "Non papa... mais... snif... j'avais décidé de me suicider demain. J'avais tout planifié parce que j'étais certain que tu ne m'aimais pas malgré tous mes efforts pour te plaire. Maintenant tout est changé..."
Auteur inconnu














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Message  roberto > le Ven 15 Nov - 13:56

L'histoire du jour.... 215


L'écho !

Un père et son fils se promenaient en montagne.  

Soudain, le fils tombe, se fait mal et crie: 

 "AAAhhhhhhhhhhh!!!"

A sa grande surprise, il entend une voix qui répète, dans la montagne:

"AAAhhhhhhhhhhh!!!"

Curieux, il demande:  "Qui es-tu?"

Il reçoit pour toute réponse:  "Qui es-tu?"

Agacé par cette réponse, il crie:  "Peureux!"

Et entend: "Peureux!"

Alors il regarde son père et demande:

"Qu'est-ce qui se passe, papa?"

Le père sourit et répond:

"Mon fils, écoute bien, maintenant."

Et il crie vers la montagne: "Je t'admire!"

La voix répond:  "Je t'admire!"

Il crie encore:  "Tu es un champion!"

La voix répond:  "Tu es un champion!"

Le garçon est surpris mais ne comprends toujours pas.

Alors le père explique:

"Les gens le nomment ECHO, mais c'est en fait la VIE. 

Cela te renvoie tout ce que tu dis ou fais. 

 Notre vie est simplement le reflet de nos actions. 

Si tu veux plus d'amour dans le monde, commence par en avoir plus dans ton coeur.

Si tu veux que ton équipe soit plus performante, commence par être plus performant. 

Cela marche pour tout dans notre vie. 

La vie te rendra tout ce que tu lui donneras."

VOTRE VIE N'EST PAS UNE COINCIDENCE.

C'EST LE REFLET DE CE QUE VOUS PENSEZ ET FAITES !

auteur inconnu

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Message  roberto > le Sam 16 Nov - 15:18

L'histoire du jour.... 5010 L'histoire du jour.... 10010


Histoires étranges de Cantalie - « Au fond du puits »

C’était un de ces soirs, si calme. Un de ceux qui précèdent l’orage. Moiteur enveloppante, lenteur apaisante, tout y était, et pourtant rien n’annonçait le dessein de l’avenir proche.
J’étais allé mettre un courrier à la boite aux lettres du village. Elle n’est pas loin, mais à pied cela fait bien marcher un quart d’heure. Pour gagner trois minutes je rentrai à la maison en passant par le chemin des Demoiselles.
Il passe à l’écart de l’unique et principale rue du hameau, à l’arrière des maisons. Il est un peu pittoresque, tordu par les viroles, creusé en charrière, pas très carrossable. Plus large qu’un sentier, mais on n’y passe qu’à pied. Même un vélo y perdrait sa bonne humeur ! Un de ces chemins vieux comme le monde où passaient jadis les attelages de bœufs et tombereaux. 
On l’appelle comme ça, parce que d’après ce qu’on raconte ici, c’est un lieu propice aux rencontres. Pas n’importe quelles rencontres, celles dont on ne parle pas, celles avec l’étrange du monde d’à coté.
Même que le Gilo, lui, dit qu’il les voit souvent. Le Gilo, un bon garçon, pas méchant pour deux sous, un de ces pauvres bougres qu’on a dans Tous les villages de la campagne d’avant...
Et le Gilo, il s’enorgueillit d’aller souvent boire le coup chez elles, tisanes au miel et gâteaux sucrés qu’il dit.
Personne n’y prête l’attention qu’il souhaiterait, alors il insiste ! Il parle à la volée, dit qu’elles habitent au fond du puits, et qu’il y est encore allé hier soir !
« Ce pauvre garçon est bien dérangé » murmurent les gens. Pourtant, moi qui ne suis pas d’ici, arrivé il n’y a pas bien longtemps au village, je me surprends à l’écouter. Il parle si bien de ce qu’il aime : la nature, les oiseaux et les animaux, les plantes, oui surtout les plantes, il en parle d’une certaine façon. Il semble les connaitre mieux que quiconque, il leur donne des noms alambiqués qu’il mémorise parfaitement.
En plus il leur attribut des vertus qu’on dirait venues de l’ancien temps. Selon lui, elles sont toutes utiles, selon le mal ou le bien que l’on veut faire : « C’est les demoiselles qui me l’ont dit ! Elles m’ont même appris leur endroit et leur envers ! » On pourrait en rire... pourtant je garde en mémoire le jour où ma petite fille, alors qu’elle se promenait avec moi, était tombée sur la route. Je ne vous dis pas les pleurs et la bosse sur le front ! Comme un œuf de pigeon. La ramenant à la maison pour la soigner, j’avais croisé Gilo. Il lui avait gentiment pris la main, mis un petit bouquet d’herbes à graines dans sa petite poche et lui avait chanté une comptine. Je ne reconnaissais pas l’air et c’était surement en patois, car je ne la comprenais pas. On aurait presque dit une incantation.
En pas plus d’un moment, la fillette ne pleurait plus, la bosse avait disparue, elle riait et revenait à ses habitudes... Comme si rien ne s’était passé.
Pourquoi tout cela remontait–il en ma mémoire à ce moment précis ? Allez savoir ! Ou peut être parce que j’arrivais à la hauteur du puits des Essaims, ce puits qui borde le chemin, et qui parait il est profond comme l’enfer ! On dit qu’on l’entend bourdonner des fois comme si il y avait un nid d’abeilles à l’intérieur.
Je m’en approchai, toujours curieux de l’ordinaire, pour regarder dedans... Et ce n’est pas un bourdonnement que j’entendis, mais des rires et des voix aux résonances doucereuses, comme un enchantement qui parvenait à mes oreilles. Je ne comprenais pas, et me penchant sur la margelle, je fus pris de bien aise, (si je peux dire ce mot en opposition au malaise).
Ce que je voyais dépassait l’entendement. Au fond du puits, point d’eau, mais une grande pièce que j’aurais vu du dessus, par cette grande cheminée, avec son feu qui crépitait sous le chaudron.
On y voyait deux femmes étrangement belles, parlant avec Gilo assis lui aussi dans le Cantou et rigolant. Il semblait heureux. De cet endroit émanaient du bonheur, de la quiétude, du calme et du bon sens qui me réchauffaient le cœur...
Et puis d’un seul coup d’un seul... crac ! Un éclair dans le ciel, un formidable coup de tonnerre faisant tout trembler, et en suivant, la pluie ! De ces gouttes grosses comme le poing, qui vous transpercent les vêtements et vous mouillent jusqu’à la moelle !
Alors là, laissant ce tableau au fond du puits, je me dépêchai de rentrer en courant pour ne pas fondre comme un sucre dans un verre d’eau, tellement la pluie, redoublant de puissance, était insupportable.
Arrivé à la maison, je me changeai. À ma Douce qui tricotait, je décidai de ne rien dire. Pourtant devant ma préoccupation, elle dut s’apercevoir que la situation n’était pas normale, car elle me demanda :
« ça va, tu as une drôle de tête ?
— Oui, oui, dis-je, c’est l’orage, il est énorme ! »

Le lendemain, au matin, m’étant levé de bonne heure, je décidai de retourner au puits...
Rien. Rien de rien. Ce que j’avais vu la veille n’apparaissait plus ! Je voyais l’eau à deux mètres, ce qui parait normal dans un puits où encore aujourd’hui bon nombre de gens viennent puiser des seaux tous les jours...
Cette aventure, un rêve ? Une hallucination ? Serai-je en train de devenir fou ! La fragilité mentale guette au coin de la vie ! Et puis arrive Gilo :
« bonjour Patrice ! Alors, on a pris la saucée hier soir ! Me dit il.
— Je vous ai vu, j’étais chez les demoiselles !! »
Abasourdi je rentrai, et racontant mon histoire à ma douce, elle me réconforta en me disant : « tu vois, ces êtres mystérieux que l’on prend pour les ombres de nos rêves et qui nous hantent parfois, sorcières ou fées bienfaisantes, peut être sont-elles bien réelles et veillent sur nous. »

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Message  roberto > le Dim 17 Nov - 11:43

L'histoire du jour.... 5110 L'histoire du jour.... 10110




Mon secret.

Elle s’appelle Tadidou, c’est drôle comme nom, je l’avoue, mais de sa voix cristalline, elle me l’a soufflé comme on confie un secret.
Beaucoup pourront croire que je suis fou, fou à lier.
Mais si vous faites un tout petit effort, vous verrez sa chevelure d’or.
Elle est timide, mais très curieuse.
La première fois que je l’ai rencontrée, elle jouait avec les lacets de mes chaussures. Elle s’y était emmêlée, c’est stupide, car elle aurait pu s’étrangler.
Elle était furieuse et lorsqu’elle s’est retournée, elle m’a vu qui la dominait de toute ma hauteur, géant monstrueux, n’osant à peine en croire ses yeux, je vous l’assure.
Une de ses petites ailes était coincée, alors, délicatement, un sourire idiot sur les lèvres, je l’ai aidée, avec mes gros doigts maladroits.
Tout doucement, sans l’effrayer.
Une fois délivrée, elle s’est envolée et dans un son de clochettes affolées, elle s’est évaporée.
Seulement sur le sol, brillait comme une épine fluette.
J’aurais pu ne pas la voir, mais le soleil jouait avec le reflet de ce qui s’avéra être une flûte minuscule en opaline.
Avec ma loupe, je découvrais ce petit objet.
Ma voix resta muette.
J’ai un ami luthier, un artiste né. Il m’en a fait une réplique exacte, mais à ma taille.
Il ne m’a pas demandé que je lui explique.
Il a paru simplement étonné, puis a relevé le défi.
C’est une flûte traversière réalisée dans la même matière, un objet de toute beauté.
Lorsque je fus seul, subjugué par cette forme parfaite, j’ai ri, le cœur en fête.
Peut-être qu’ainsi, je pourrais retrouver ma nouvelle amie ?
Je ne suis pas musicien.
J’ai soufflé doucement dans l’étrange instrument... et je l’ai vue rappliquer !
Elle semblait fâchée et chacun de ses mouvements laissait tomber une poussière multicolore qui l’auréolait.
Je me mis à éternuer et plaquait un autre accord.
Elle se posa sur l’armoire, la tête entre les mains, 
J’arrêtai mes simagrées, ce bruit de foire et m’approchai, lui tendant, au creux de ma main, ce que j’aurais pu prendre encore pour une épine de rose si le verre grossissant de la loupe ne m’en avait révélé l’identité.
Elle se calma, et glissant le long de mes doigts, elle s’installa.
S’emparant de son bien, assise confortablement dans ma main en coupe comme dans un nid, elle pris son souffle.
Une mélodie aussi douce qu’un pétale qui n’en fait qu’à sa guise s’échappa de ses lèvres, aussi gaie que la pluie qui clapote la nuit.
Je fus pris de fièvre, cette musique m’enchantait.
Elle me chantait combien elle me remerciait d’avoir bien voulu voir ce que d’autres auraient pu ignorer, à savoir une petite fée toute chiffonnée, emmêlée dans des lacets qui lui servaient de corde à sauter.
Depuis, elle ne me quitte plus, et lorsque je suis las, fatigué, elle me joue ce petit air enjoué qui apaise tout.

Et maintenant, la voyez-vous ?
Là, dans le creux de ma main, lilliputien gracieux qui ricane de voir vos yeux aveugles, écarquillés pour mieux la distinguer.
Là, juste là !
Ouvrez grand vos oreilles et écoutez ce son sans pareil.
Vous l’entendez ?
J’en vois certain sourire.
Vous avez raison, c’est l’unique réaction face à cette musique si belle.
Vous l’entendez, j’en suis assuré.
Vous la voyez, c’est certain, elle s’appelle Tadidou, c’est drôle comme nom !
Elle me l’a soufflé comme on confie un secret...











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Message  roberto > le Mar 19 Nov - 14:43

L'histoire du jour.... 5210 L'histoire du jour.... 10210

Vol de Nuit

Pendant longtemps nous eûmes chez nous, durant les longs mois d’hiver, un gros et verruqueux crapaud vert qui, la nuit, s’infiltrait dans notre buanderie.
Souvent mon père se munissait alors d’un balai et d’une pelle et envoyait le crapaud, sous l’influence d’une magnifique balistique, voler chez les voisins. Nous pouvions alors contempler toute la grâce et la superbe d’un crapaud lancé à même les airs et comprendre que le pauvre animal n’était fait, finalement, que pour évoluer sur terre.
Un soir, cependant, où mes parents étaient absents – au cinéma, je crois – je me trouvais seule dans la maison. Revenant de la salle de télévision, je tombai nez à nez avec l’animal.
Il me regarda de ses grands yeux écarquillés.
— Que viens-tu faire ici, étrange animal ?
Pas de réponse.
— Si je t’embrasse sur la bouche, te transformeras-tu en beau prince charmant ?
— Non, mais je porterai peut-être plainte pour agression.
J’en restai bouche bée. Le crapaud, lui, continua son chemin.
— Tu parles ? réussis-je à prononcer tout en le suivant.
— Ou alors tu es victime d’hallucination. Ce qui est plutôt inquiétant, si tu veux mon point de vue de batracien…
Il se dirigeait vers la cave de Maman.
— Que viens-tu faire ici ?
— Voler des cigares à ta mère. Et du whisky. J’ai de la chance, on dirait que ce soir elle n’est pas là, je ne tombe que sur la fille qui parle aux crapauds. Au fait, tu devrais dire à ton père… Je déteste voler ! Ah, c’est là ! Veux-tu me filer un coup de main ?
— Comment ça ?
— Pour prendre les cigares et le whisky ! Je n’ai pas de mains ! Les pouces opposables, c’est vachement pratique !
— Mais, c’est à ma mère !
— Fumer tue, picoler aussi. Crois-moi, je lui rends service ! Allez, dépêche-toi donc ! C’est oui ou c’est non ? En même temps, le choix est tout vu : tu as déjà commencé à parler à un crapaud…
Quelques instants plus tard, nous étions dehors. Moi, pieds nus dans l’herbe, lui, enserrant entre chaque patte un cigare et une bouteille de whisky.
— Parfait, gamine, tu m’as bien aidé ! Au fait, mon nom est Stanislas, et toi ?
— Jessica.
— Jessica, c’est un joli nom… J’ai eu une tante comme ça, Jessica… Je t’ai à la bonne ! Que dirais-tu de venir avec moi, sur le toit, fumer ce cigare et boire ce whisky ? Enfin, me regarder, hein, parce qu’après tout, tu n’es qu’une enfant… Alors, qu’en dis-tu ?
Le personnage était étonnant, et je n’avais plus du tout envie de dormir. J’acceptai avec joie. Quelques instants plus tard, nous étions sur le toit. À nos pieds s’étendait mon quartier tranquille, plus loin la campagne, et encore plus loin les rumeurs et trémolos de la ville.
— Tu vois, Jessica, t’es la première pote gamine, pote-mine, ga-pote… non, pas ga-pote, c’est ridicule… que je me fais…
— Tu as connu beaucoup d’humains ?
— Oui. Tous des cons. Sauf les enfants. Tu sais pourquoi ?
— Non ?
— Vous croyez à vos rêves !
— Pas vraiment ! La maîtresse me gronde souvent, et je sais très bien que je ne pourrai jamais devenir cosmonaute !
Sans que je parvienne à comprendre comment, le crapaud me donna une tape derrière la tête.
— Hé, imbécile ! Tu parles à un crapaud ! Qu’est-ce qu’il y a de plus rêveur que ça ?
— Aïe ! Je sais pas, un paquet de trucs… Tu pourrais être une licorne !
Le crapaud se tut et replongea dans son whisky. Je compris que je l’avais vexé…
— Désolé, crapaud… Stanislas !
— Non, non, ça va, je comprends. Tu dis ça parce que je suis moche, c’est ça ?
— Non, mais…
— Non, c’est bon, ne t’excuse pas, il n’y a pas de mal. C’est moi, aussi, je suis un peu bourru…
Il y eut un nouveau silence. Je me raclais la gorge. Stanislas buvait son whisky.
— De toute façon, elles sont complètement connes, finis-je par dire.
— Qui ça ?
— Les licornes ! J’en vois souvent une, au centre aéré. Je lui ai plusieurs fois adressé la parole, mais elle, elle ne m’a jamais répondu !
— Parce qu’elle est en plastique !
— Parce qu’elle n’existe pas !
— Ha ! Je t’aime bien petite… Hé ! tu sais quoi ?
— Quoi ?
— Attends, passe-moi ce cigare, tu vas voir.
— Tiens.
— Achlume-lech-moich !
— Tu es sûr ? Tu sais que les crapauds qui fument, ça risque de…
— Achlume, che te dich !
— O.K., O.K.…
Je lui allumai son cigare. Et comme prévu, le crapaud se mit à gonfler, gonfler… Mais il n’explosa pas. Il fut bientôt gros, gros comme un ballon de foot, gros comme une mappemonde, gros comme une montgolfière…
À ce moment-là, flottant et s’élevant de plus en plus haut, il me tendit la main et me fit un clin d’œil.
— Hé, princesse ! me dit-il, les lèvres toutes pincées. Ça te dirait de faire un tour dans les étoiles, ma belle cosmonaute ?
Je le regardai, les yeux écarquillés. Le crapaud me fit un plus large sourire.
— Alors ? On y va ?
Ravie, les larmes aux yeux, je pris le crapaud par la main et, tous deux, alors qu’il tirait encore un peu sur son cigare, nous partîmes vers les étoiles, tandis qu’en dessous de nous dormaient la ville, les crapauds alcooliques et les licornes en plastique.













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Message  roberto > le Mer 20 Nov - 15:40

L'histoire du jour.... 5511 L'histoire du jour.... 10310

Le Gardien


Dans la pièce aux murs pâles, dans l’endroit le plus calme de la maison, Simon range patiemment ses bocaux sur de larges étagères en bois verni. Les soulevant délicatement, un à un, il retire, avec un chiffon doux, la fine couche de poussière reposant sur les couvercles métalliques. 
Satisfait de son travail, il rejoint le centre de la pièce, et s’assoit confortablement dans son fauteuil rouge. Il reste alors immobile, longtemps. Respirant paisiblement, il plonge en souriant dans les souvenirs nostalgiques de ses jeunes années.

Chaque jour, il répète les mêmes gestes, méticuleux, précis. Il démarre par les étagères de gauche et termine toujours par celles qui encadrent la fenêtre. Tous les bocaux, de même forme, de même dimension, portent sur le devant une petite étiquette en papier jaune, un rectangle sur lequel est écrit un nom exotique, une date, un lieu. 
Celui qui est en face de Simon est désigné comme « Khamsi – 28/04/69 – Al Minya », sur un autre, posé sur l’étagère de droite « Pampero – 19/08/74 – La Plata ». Simon en a rassemblé exactement deux-cent-vingt-huit, qu’il a accumulés au fil de ses voyages. 

L’observateur non averti conclurait que chaque bocal ne contient rien d’autre que du vide. Les écrins laissent parfaitement entrevoir le papier peint rose qui recouvre les murs. Le verre brille, créant mille petits éclats se reflétant un peu partout... 
Simon a parcouru tous les continents pour réaliser son œuvre. Il capture les vents dans ces récipients transparents au toit de métal. Il chasse tous les vents... et les conserve soigneusement depuis un demi-siècle. 

Les vents l’ont toujours fasciné, les tempêtes surtout, celles de sa Bretagne natale. Des courants emportant tout sur leur passage, entraînant avec eux des particules de terre, de sable, des embruns, de l’iode aussi... Les vents se chargent de moiteur, d’eau, des parfums du monde, tantôt épais, parfois légers. Aucune bise ne ressemble à un typhon, à une bourrasque, chaque souffle est unique par son épopée et sa personnalité.

Installé dans son fauteuil, Simon imagine les périples des vents qu’il conserve sur ses étagères. Qu’ont-ils rencontré, quels obstacles ont-ils usés, quelles terres ont-ils caressés... ? Au-delà de ces pensées paysagères, le vieux collectionneur, songeur et fier, sourit en détaillant chacun de ses joyaux... Il se considère comme un gardien de l’humanité, convaincu que les courants d’air représentent de petits fils argentés d’une valeur inestimable, reliant chaque individu à son voisin, comme de petits traits d’union. 
Ils ont rencontré l’humanité toute entière... et en ont emporté avec eux une trace, aussi infime soit-elle.
Dans la pièce aux murs pâles, dans l’endroit le plus calme de la maison, Simon veille sur son trésor, se gardant de libérer le souffle capturé comme s’il s’agissait du bien le plus précieux qui soit. Témoin de nos vies, de nos passages sur terre, il protège dans ses bocaux nos souvenirs concentrés et mêlés dans les bourrasques domptées. Ses vases contiennent toutes les âmes envolées, les effluves des corps caressés, les pollens, poussières, fragments de tout, concentrés et magiques.

Le mois dernier, Simon cassait, pour la première fois, un bocal contenant une tempête qui ne souffle qu’une dizaine de jours par an, dans le sud de la Patagonie. Le vent s’échappant de sa prison de verre créa tout à coup un courant tourbillonnant quelques instants au centre de la pièce, avant de mourir devant la fenêtre. 

Simon vieillit. La porte de la pièce aux murs pâles est restée fermée ce matin, Simon ne viendra plus. Il avait pris soin de laisser quelques notes, désirant que ses cendres soient dispersées, parmi tous les vents de sa collection, sur ses terres natales.

Ce jour-là, étonnamment, aucun souffle n’agitait les vagues. Le calme absolu. Tandis que les proches de Simon s’affairaient à ouvrir chaque bocal, les vents libérés restèrent un long moment à tournoyer mollement au-dessus du petit groupe. 

À l’instant de la dispersion des cendres du défunt, se forma dans le ciel une gigantesque colonne des vents mêlés qui, lentement, s’avança vers la mer, emportant avec elle Simon.

Le lendemain, quelque part sur la côte du Labrador, Martin scrute les nuages, observant un étrange phénomène, des volutes magnifiques, poussées par des courants inhabituels. Une masse d’air, imposante, dansant avec les anges. 
Fasciné, Martin sortit un récipient de son sac qu’il brandit aussitôt vers le ciel. En une fraction de seconde, dans un geste expert, il capturait ce vent inconnu... devenant, sans le savoir tout à fait, le nouveau gardien de l’humanité.








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Message  roberto > le Jeu 21 Nov - 7:48

L'histoire du jour.... 5210 L'histoire du jour.... 10410

Le grand concours


Comme tous les millénaires, les Grands Mages se réunirent à nouveau, lors de la troisième Lune, pour célébrer le mille-et-unième Grand Concours des Mages.
Comme à l’accoutumée, chacun y allait de sa petite création ou de son invention farfelue.
On sentait néanmoins depuis les cent dernières éditions du concours que la créativité s’essoufflait ; le jeu commençait à perdre de sa superbe.
Oui, bien sûr, Ilsidor inventerait une nouvelle machine, non pas à remonter le temps, mais à l’étirer ; évidemment, Huldegur renchérirait avec sa potion de vie éternelle et enfin Xéfalon ferait éclater les planètes en feu d’artifice avant de les transformer en fleurs.
Tout cela faisait sourire mais n’émerveillait plus l’assemblée. On était las des inventions extraordinaires et des spectacles grandioses. Le spectaculaire était devenu banal et le miraculeux franchement ennuyeux.
Les participants, lassés, s’apprêtaient déjà à repartir quand Brikebaruk s’avança au centre du cercle.
- Attendez, chers amis... J’ai eu une nouvelle idée cette année.
Tout le monde soupira.
On les connaissait bien ses inventions farfelues : le sang pétillant dans les veines lors du dernier concours, l’oxygène en barres goût chocolat le millénaire précédent ; un système de camouflage géant pour la Terre au milieu de la Voie Lactée encore avant... toutes ces histoires ne faisaient plus rire.
Pourtant, lorsque Brikebaruk présenta son objet au milieu de cercle, un grand silence se fit.
- Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Que c’est beau ! s’exclamèrent certains.
- Que c’est laid ! corrigèrent d’autres.
- C’est une nouvelle source d’énergie ?
- Pas vraiment, répondit le mage.
- Est-ce que ça permet d’inverser le cours du temps ?
- Pas du tout.
- Ça fait rire ?
- Pas franchement.
- C’est solide ?
- Non plus.
- Mais, est-ce que c’est utile ?
- Absolument pas.
- Et comment s’appelle cette chose ?
- Je l’ai appelée « l’Homme ».













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Message  roberto > le Sam 23 Nov - 8:36

L'histoire du jour.... 5010
 
Balade dans un bois
 
 
Ce matin-là, dans la forêt, le loup se réveilla de bonne heure, le poil hirsute, les yeux creusés, et avec la sensation d'un grand vide dans le ventre.
Il compulsa avec son index son I-Pod. Il avait bien rendez-vous aujourd'hui à midi avec cette ado écervelée qu'il avait rencardée sur Face Book. Lui, il avait triché un peu sur son âge, beaucoup sur son corps poilu et avait complètement omis sa longue queue velue.
Sur la photo de Face Book la gamine n'était pas terrible. Habillée tout en rouge, elle ressemblait à une grosse fraise Tagada. Mais peut-être sentait-elle bon dans le cou et peut-être aurait-elle les cuisses tendres...
 
En guise de petit-déjeuner, le loup avala vite fait deux boîtes de cassoulet puis se rendit d'un pas vif aux bains-douches, une serviette sur l'épaule. Quand il arriva le marigot était déjà rempli de sangliers, beuglant dans la gadoue. De véritables rustres que le Loup regarda dédaigneusement. Il entra à son tour dans les bains publics, se roula sur le côté, plongea son long museau, tapota sa queue dans l'eau boueuse, en éclaboussant les sangliers. Quand il ressortit, la gadoue s'étalait par grandes plaques sur ses poils.
 
Lui, le Loup, avait une grande journée devant lui. Une journée faite d'un nouveau désir, de nouvelles cuisses fraîches à croquer. Il sécha ses croûtes d'argile au soleil. Il trouvait qu'il sentait bon maintenant, pas tout à fait la même odeur que celle des fraises des bois, mais il sentait bon quand même.
 
Il était temps de faire place nette, un grand séducteur comme lui ne devait laisser aucune trace. Il replia sa tente igloo, rassembla dans son sac à dos tout son matériel de survie et quitta les lieux. Puis il se mit en route par le petit chemin caillouteux, à la rencontre de l'autre greluche qui lui avait laissé sa photo sur Face Book.
Il se sentait en pleine forme, léger, rempli d'un désir tout neuf, son petit sac de fraises Tagada accroché à sa ceinture.
 
Il pensait...
Il pensait qu'il n'aimait pas le rouge mais peut-être qu'aujourd'hui elle porterait une guêpière noire et des bas. Mais sur Face Book, elle avait bien dit qu'elle serait habillée tout en rouge, et que lui, en signe de reconnaissance, lui offrirait des fraises Tagada.
 
Il pensait encore...
Finalement, c'était pas grave si elle était toute rouge. Lui, il avait fait le maximum. Il avait pris son bain, il sentait bon, il apportait les fraises.
Pendant qu'il pensait, il vit arriver devant lui un petit truc rouge qui se déhanchait. Elle devait boiter ou porter quelque chose de lourd.
Et il pensa encore... les filles ont toujours trop de trucs avec elles, même pour aller dans les bois.
 
Tous les deux se reconnurent immédiatement. Face Book n'avait pas menti. Elle était dégoulinante de pluie mais elle était venue quand même, elle désirait tant rencontrer le loup.
Il lui sourit de toutes ses grandes dents et lui proposa d'aller manger les fraises Tagada dans un coin tranquille de la forêt, loin du passage de ces lourdauds de sangliers.
 
Le Loup retrouva sans peine sa cachette et d'un coup, d'un seul, il remonta la tente igloo.
Elle était venue de si loin, pensait le Loup, avec toute cette pluie qui tombait sur elle. Tout ça pour voir si ce Loup de Face Book était bien un vrai loup dans la vraie vie ! Et le loup, ému, lui passa sa grande serviette éponge. Pendant qu'elle séchait ses cheveux blonds, il gratta les plaques de boue collées sur ses poils. Cette odeur-là ne plairait sûrement pas à la petite greluche.
 
Maintenant, elle engloutissait une à une les fraises Tagada et le Loup, lui, restait sur sa faim, un grand creux dans le ventre.
Sous la pluie qui tombait à nouveau, il pensait à toutes les greluches de Face Book et qu'il lui faudrait encore attendre bien longtemps avant d'en croquer d'autres.

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Message  roberto > le Sam 23 Nov - 8:37

L'histoire du jour.... 5110
 
Pompidou
 
 
Je venais de passer plus d'une heure à visionner une émission politique où des tartuffes maniaco-médiatiques parlaient avec une telle langue de bois qu'ils en postillonnaient de la sciure. On ne peut pas être le conseiller en communication le plus en vue et le mieux payé du moment sans s'astreindre à quelques efforts, mais là, j'étais arrivé à saturation. Trois jours que je guettais les moindres erreurs, surveillais chaque tic, épiais chaque redondance de ses concurrents ; trois jours à réfléchir à la façon dont mon employeur du moment devrait orienter sa prochaine prestation télévisuelle. J'avais envie de faire une pause et pour ça je dois reconnaître que mon métier a du bon. Une grande partie de mon travail se passe en rendez-vous, discussions ou déjeuners d'affaires, et tous ces grands messieurs que le commun des mortels aperçoit à la télé, au moment de la gamelle du soir, encravatés, endimanchés, empapaoutés de morgue et d'ennui, tous ces politiciens inaccessibles, ces dirigeants insensibles, je les rencontre, je m’assois à leur table. Certains me reçoivent chez eux, en toute décontraction, parfois même vêtus d'un simple jogging, les pieds dans des charentaises, un verre de Corona à la main et il nous arrive d'échanger des propos que le grand public n'a pas à connaître. Il est surprenant de voir à quel point un homme peut être différent dans l'intimité de son logement.
Bien sûr, ces rencontres revêtent pour moi une grande importance, tant du point de vue professionnel qu'humain, mais je n'aime rien tant que de travailler depuis ma splendide maison de la vallée de la Chevreuse. J'y gère mon temps comme je l'entends et justement, après cette énième diffusion de blablas économico-politiques, je venais de m'octroyer une petite pause. Le matin même j'avais réussi, après une forte engueulade, à mettre à la porte une de ces magnifiques créatures à la cuisse légère pourvu qu'on soit généreux en champagne. J'avais rencontré celle-ci dans une boite branchée de la capitale où j'avais rejoint quelques amis : un animateur de shows, un écrivain et critique à succès et un jeune loup de la pub. Nous avions fini la soirée chez moi et elle faisait partie du groupe. Elle était restée pour la nuit, mais en espérait un peu plus. Peut-être une de ces filles dont la seule ambition est de mettre le grappin sur un mari fortuné ! On avait passé une sacrée nuit, mais quand le matin je lui ai appelé un taxi, elle s'était mise en colère et était partie en me promettant les pires ennuis. J'avais fini par m'enfermer dans la salle de bain le temps qu'elle s'en aille. Ça plus le boulot que je venais de tomber, c'en était assez pour la journée. J'étais passé me rafraîchir aux lavabos et avais réussi à dégotter une bouteille de whisky encore à moitié pleine. Sans trop de mal, d'ailleurs, elle était bien en évidence sur le bar du salon et c'était un miracle que mes amis ne lui aient pas fait un sort.
Je m'étais servi une bonne rasade et j'étais allé m'étendre sur un transat au bord de ma piscine, tout en feuilletant le dernier numéro du magazine Playboy. Ces filles-là, au moins, ne criaient pas quand je tournais la page. Je n'avais pas terminé mon verre quand j'ai commencé à ressentir un léger tournis. Sur le moment, j'ai mis ça sur le compte de la fatigue et du soleil qui me tapait sur la tête. Je me suis redressé pour chasser ce malaise et me mettre à l'ombre, mais j'ai été stoppé net dans mon élan : un dromadaire était en train de brouter mon gazon ! Mais qu'est-ce qu'un dromadaire pouvait bien faire chez moi ? Et puis comment était-il arrivé ? J'allais m'approcher de l'animal quand sa bosse s'est mise à onduler comme les vagues sous la brise marine. Puis une voix s'est élevée derrière moi.
 
« Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer. »
 
C'était Georges Pompidou ! Je le croyais mort depuis presque quarante ans et voilà que je le retrouvait chez moi, dans un étrange costume d'apparat de couleur rose. Il me regardait avec un air à la fois triste et bienveillant, comme un affable professeur que l'on aurait déçu. Moi qui avais l'habitude de côtoyer les grands de notre société, je me trouvais désemparé, je me sentais comme un petit garçon pris en faute, attendant la remontrance.
« Tu étais un poète, m'a-t-il dit, tu as même encore dans ta bibliothèque mon anthologie de la poésie française... Regarde ! Regarde autour de toi et dis-moi, où est la poésie dans ton décor m'as-tu-vu, où se trouve l'amour dans tes conquêtes faciles, où se place la joie dans tes fêtes alcoolisées ? Est-ce là ce que tu es devenu ? Un homme riche mais sans âme ? Tu critiques ceux qui te font vivre mais c'est toi qui leur donne ce que tu leur reproches. Tu es devenu comme eux. »
Ses mots étaient pour moi comme cet épais vermifuge que ma mère nous donnait à grandes cuillerées et dont l’âpreté nous arrachait des grimaces. Je pleurais. Pompidou me sourit, puis il porta la main à son menton et en retira comme d'un tiroir deux cartes. Le roi de trèfle et le roi de cœur.
« L'un prend le chemin de l'argent, l'autre le chemin du cœur. Lequel veux-tu être ? »
Et sur ces mots, il disparut, comme tout ce qui m'entourait. Je venais de m'évanouir. Le lendemain, je me réveillais à l'hôpital ; on m'y apprit que le mélange whisky et LSD n'était pas conseillé. Je n'ai jamais eu de LSD, mais j'avais ma petite idée sur la personne qui en avait glissé dans ma bouteille. Je me suis promis de la retrouver. Pour lui dire merci.

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Message  roberto > le Mar 26 Nov - 11:11

L'histoire du jour.... 5210

La gardienne


Regardez un immense champ vert... Un champ plein de verdures de Printemps... Ce champ s’étale à perte de vue devant vous, derrière vous, à votre droite, à votre gauche...

Et ce champ est aussi composé de nombreux coquelicots rouge rubis, embaumant l’air autour de vous d’un doux parfum... Ces coquelicots rappellent la fragilité du verre et la beauté du son qu’émettent les rouges-gorges qui planent au-dessus de ce merveilleux paysage...

Au milieu, se trouve une vielle bâtisse de pierre en ruines... A l’intérieur, il y a une seule et unique petite pièce, illuminée par les rayons s’infiltrant entre les gros blocs de pierre...

Dans cette pièce, il y a une sublime poterie dans laquelle triomphe une rose... Cette rose aux contours saillants et aux délicats pétales renferme dans sa longue tige un délicieux secret qui remonte au cœur de la fleur en passant par les feuilles souples... Le secret de l’immortalité...

Mais quiconque voudra ce secret devra obligatoirement couper cette rose, et ça, personne n’est capable de le faire. Personne, même le plus cruel des hommes sans cœur, n’est capable de détruire ce miracle de la nature, cette beauté sans mesure, ce chant doux et résonnant d’une innocence sans pareille, même si l’on n’a pas l’amour d’une mère pour ses enfants, personne n’est donc capable de découvrir le secret de l‘immortalité.














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Message  roberto > le Mer 8 Avr - 22:33

L'histoire du jour.... 342




Champignons enflammés


Des champignons enflammés balayent les couleurs.
Splash-boum, fait le monde.
Boum-splash, fait l’humain.
Les enfants-torches pleurent et marchent la bouche ouverte, hurlant leurs découvertes
du monde des adultes.
Un soleil rouge se noie et se répand dans l’eau.
Une croix flotte, un cimetière disparaît sous les flots.
Le sable roule, en murmurant ses confidences amoureuses et les sirènes, en pagne, dansent, belles et heureuses.
Un requin traverse un dédale de carcasse de voitures rouillées.
Les étoiles de mer s’agrippent sur les gratte-ciel et fouillent les
bureaux silencieux.
Un silence pieux baigne la ville, rythmé par les bulles qui vont s’écraser à la surface de l’air.
Les poissons-clowns répètent leurs tours dans les toilettes de la gare centrale, observés par le pale poisson lunaire.
La peinture de ma chambre s’est cloquée, les murs sont mous et le maire s’est fait croquer.
Par la colonie de crabes qui vit sous les ressorts de mon lit,
leurs pinces bleu-ciel clap-clap toute la nuit,
ça fait longtemps que j'ai pas dormi.
Une épave de bus s’enfonce dans des vagues de béton, la poussière du fond
des océans flotte et suit les courants, en produisant le son de la neige qui fond.
Une baleine grise se faufile sous l’arche d’un centre commercial. Elle observe les mannequins parés d’anémones et s‘étonne,
elle ne pensait pas que l‘automne était déjà là.
Un poisson-chat ronronne et chante du blues. Ses longues moustaches noires fouillent la vase d’un bac à sable.
Les paroles de sa chanson sont :
Les hommes ont poussé le bouchon,
Trop loin.
Ces crétins, ont souillé avec soin
La terre
Et maintenant, je chante pour eux
Qui sont six pieds sous la mer
Histoire qu’ils ne se sentent pas oubliés
Qu’ils se rappellent ce qu’ils ont foulés du pied.


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